Aero-Club des Sourds de France
- ACSF -

surdite




Le saviez-vous ?
Il est possible de voler sans radio !

On pourrait croire qu'un sourd ou un malentendant est incapable de piloter un avion car il ne peut pas, a priori, utiliser la radio. En réalité, l'absence de radio n'est gênante que pour les pilotes qualifiés IFR (Vol aux Instruments, autorisé par mauvais temps), en général, des pilotes professionnels, pilotes de ligne, de transport ou militaires. A titre privé, le pilotage d'un avion est, techniquement, tout à fait possible pour un sourd. Environ 2/3 des aérodromes français sont dépourvus de tour de contrôle, ce qui exclu de fait toute liaison radio obligatoire avec les avions. Conformément aux règles du vol à vue, le VFR (Visual Flight Rule en anglais), le décollage et l'atterrissage ainsi que la prévention des collisions en l'air se font alors à vue, ce qui est tout à fait dans les capacités d'un pilote sourd.

Autre point à souligner : à bord de la plupart des avions de tourisme et des hélicoptères, le bruit ambiant est élevé. En cours de vol, c'est par la vue que le pilote assure sa sécurité. C'est au pilote de voir et d'être vu. Or, nous l'avons souvent souligné, «la surdité, c'est la vue». Un sourd n'est donc nullement «désavantagé». Pour le reste, ce n'est qu¹une question de connaissances techniques. Environ 11 % des avions ne sont pas équipés de radio (environ un millier - source : DGAC et Bureau Véritas). Environ 3/4 de l'espace aérien inférieur, où évolue essentiellement l'aviation légère, n'est pas contrôlé. Les moyens utiles au vol VFR sans radio sont par exemple les instruments : transpondeur, GPS, VOR. Il existe un projet, appelé WIC, qui permet de donner des solutions aux communications par radio (voir plus bas).

Des pilotes sourds volent en ULM...
Les ULM (Ultra-Léger Motorisés) sont, la plupart, dépourvus de radio. En France, la visite médicale ­ obligatoire pour piloter un avion ­ n'est pas exigée pour obtenir le brevet de pilote d'ULM. C'est ainsi qu'on dénombre pas moins de quatorze Français et un Suisse sourds titulaires de la licence française de pilote d'ULM. Au moins quinze autres sourds (dont 2 femmes) sont, à notre connaissance, en formation. L’Aéro-Club des Sourds de France a acquis deux ULM multiaxes biplaces, «Sky Ranger» en octobre 2002 et « Vega 2000 » en décembre 2003, tous les deux équipés du même moteur Jabiru 80 ch, pour former des élèves sourds et malentendants, avec un instructeur sourd (formé par le CNULM fin 2003) à Coulommiers et le louer aux membres pilotes sourds brevetés. C’est une première mondiale.

...et en planeur.
Le pilotage d'un planeur est un cas un peu plus particulier. En effet, comme généralement les fuselages sont très étroits, l'élève pilote doit le plus souvent s'asseoir à l'avant et l'instructeur à l'arrière. Toutefois, pour apprendre aux sourds à piloter, deux systèmes ont été mis au point :
- Le premier dispose d'un écran d'affichage et un vibrateur. La vibration prévient l'élève qu'un nouveau message est affiché. L'affichage des messages
­ tous préparés d'avance (environ une vingtaine) ­ est commandé par l'instructeur à l'aide d'un boîtier de commande. Ce système a été inventé et mis au point par un ingénieur anglais dont l'épouse est pilote de planeur sourde.
- Le second système est plus simple et plus économique : il suffit de fixer un rétroviseur à l'intérieur du cockpit et de convenir de quelques signes. L'élève peut ainsi voir les instructions qui lui sont données gestuellement.
Tandis qu'en Grande-Bretagne cinq pilotes sourds ont été autorisés à piloter des planeurs en solo (deux d¹entre eux ont obtenu leur licence européenne de pilote de planeur), en France, la réglementation médicale l'interdit ­ du moins pour l'instant... bien qu'une femme sourde ait été lâchée en solo dans les années 1970. Cinq Français malentendants, élèves-pilotes de planeur, ont dû abandonner...

Ils pratiquent aussi le vol libre (parapente, deltaplane)...
C’est une activité plus «libre» qui subit moins de contraints médicales. Il est pratiqué par plusieurs sourds. Les plus qualifiés sont Francis Miniconi et Bruno Serripierri qui ont effectué plus de 1000 vols. 17 sourds poursuivent en ce moment des stages de parapente, dans les Pyrénées et dans les Alpes, en partie grâce à des instructeurs enthousiastes.

... le parachutisme et l’aéromodélisme !
En matière de parachutisme sportif, un ostracisme médical similaire sévit en France bien que, tout récemment, une réglementation un peu plus favorable soit apparue : par dérogation, un sourd en bonne santé peut aujourd'hui être autorisé à sauter. On soulignera que le parachutisme sportif est un sport dans lequel le rôle de l'audition est minime, largement supplanté par la vision, surtout en phase de chute libre. Un Français, Thierry de Gramont, ingénieur au CEA, a obtenu tous les brevets fédéraux et totalise 200 sauts. Il a même, à partir de son quarantième saut, participé à de grandes formations de vol relatif. Même les femmes s'y sont mises. C'est l'exemple d'Anne-Marie Armengaud (27 sauts). Au moins 7 sourds ont été brevetés parachutistes, et 2 autres sourds poursuivent leur formation.
Pour l’aéromodélisme en revanche, pas de problème de visite médicale ! Et il est très difficile de dénombrer tous les adeptes sourds de cette discipline.

Pour l’avion, c’est plus compliqué...
Dans le domaine de l'aviation, les sourds français sont actuellement dans la même position que les sourds qui souhaitaient conduire une auto dans les années 50 : à l'époque, «on» s'accordait à penser qu'un sourd ne pouvait pas conduire une voiture. C'est aujourd'hui devenu un fait très banal... Il faut souhaiter la même évolution pour l'aviation. Pour cela, il conviendra de vaincre les très fortes réticences du Conseil médical français qui refuse ­ jusqu'à présent ­ d'autoriser un pilote sourd à voler seul. Aujourd'hui, dans notre pays, en dépit de l'avis favorable de nombreux instructeurs professionnels, un pilote sourd doit obligatoirement être accompagné d'un instructeur ou pilote qui s'occupe de la radio.

Pourtant, c’est tout à fait possible !
Ces réticences ne sont pas de mise aux Etats-Unis. Environ 150 sourds sont actuellement titulaires d'une licence américaine de pilote privé avion (dont 3 ont leur qualification bimoteur) parmi lesquels un Français, un Australien et un Japonais, ainsi qu'en plus, une trentaine d'élèves pilotes dont trois Français, un Italien et un Allemand. Il faut ajouter 4 Canadiens sourds pilotes privés et 2 Américains sourds titulaires d'une licence de pilote privé hélicoptère ainsi que 3 Américains sourds pilotes professionnels.

Des solutions existent...
Le projet WIC (World Interface Communication), conçu par Jean-Louis Tournier, maître de conférences et ingénieur au laboratoire d'électronique ENSEEIHT à Toulouse, est un système numérique et digital spécialement adapté de télécommunication qui permettra au pilote sourd de traverser, aux commandes d¹un avion, les espaces aériens contrôlés, y compris aérodromes contrôlés. Il est matériellement et techniquement prêt mais il faut des moyens financiers pour l'application et l’avis favorable des autorités publiques.

... et les sourds se mobilisent !
En juillet 1994, suite à l'idée de deux pilotes Américains sourds, Jack Kesley et Clyde Smith, une trentaine de sourds, dont un Français, titulaires d'une licence américaine de pilote privé avion, se réunissaient sur l'aérodrome de Knoxville au Tennessee (USA), pour créer l'«International Deaf Pilots Association» (IDPA, Association Internationale des Pilotes Sourds), un groupe de défense des intérêts des pilotes sourds et malentendants, soutenu par l'Association des Pilotes Propriétaires d'Avion (AOPA, 400 000 membres dans le monde) et l'Experimental Aircraft Association (EAA).

Rejoignez-les !
Henri Corderoy du Tiers, titulaire du brevet de pilote d'ULM (depuis 1986), qualifié instructeur ULM (depuis janvier 2004) et des licences américaine (depuis 1990) et anglaise (depuis 2004) de pilote privé (1.200 heures), a fondé les associations européenne (IDPA-Europe créée en 1995 et dissoute en 1997) et française (IDPA-France créée en 1996) d'aviateurs sourds, antennes de l'Association internationale des pilotes sourds (IDPA), qui s'appelle, depuis février 2003, "Aéro-Club des Sourds de France" (ACSF).
Le but de ces associations est de développer le droit des sourds à exercer toute activité aéronautique (avion, ULM, planeur, vol libre, parachutisme, aéromodélisme, etc.) en France et en Europe dans le respect total des conditions de sécurité. Deux rassemblements (" fly-in "), français (parfois européen) et international, ainsi que d'autres manifestations et stages sont organisés chaque année.
L'adhésion de l'Aéro-Club des Sourds de France, en janvier 1997, à l'Aéro-Club de France (qui a fêté son centenaire en 1998) a engendré la création de la Commission Pilotes Handicapés au sein de cette prestigieuse institution. Son objectif est de faire mieux reconnaître, au plus haut niveau, les droits des pilotes handicapés. Depuis fin 2000, au sein de cette Commission Pilotes Handicapés, il était créée 3 sous-commissions : celle des pilotes handicapés des membres inférieurs (CPH-MI), celle des pilotes sourds (CPH-S) et malentendants et celle des pilotes mal-voyants.
Depuis avril 2001, cet aéro-club est affilié à la FFPlUM (Fédération Française ULM, où existe la commission vols adaptés). Avec les 2 ULM "Sky Ranger" et " Vega ", cet aéroclub a créé en mai 2004 l'école de pilotage d'ULM pour former des élèves sourds avec un instructeur sourd qualifié et les louer aux membres pilotes sourds brevetés. C'est une première mondiale !

L'objectif de l'Aéro-Club des Sourds de France, première association créée par et pour pilotes sourds et malentendants en France, est de rendre le ciel plus accessible aux sourds et malentendants par le moyen des activités aéronautiques (sports aériens).


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